Interview du Dr Florence Coelenbier

Médecin Directeur du Centre de prévention Bien vieillir Agirc-Arrco Hauts-de-France

Dr Florence Coelenbier

LES CONSÉQUENCES D’UNE CHUTE SUR LA SANTÉ, LE MORAL, LA VIE SOCIALE

QUELLES SONT LES PRINCIPALES CAUSES DE CHUTES AU DOMICILE DES SENIORS ?

“Difficile d’établir une estimation fiable, car beaucoup d’entre elles passent inaperçues. Il semblerait que seules 10% des chutes fassent l’objet d’un contact médical.”

COMMENT ANALYSEZ-VOUS LE FAIT QUE LES CHUTES REPRÉSENTENT LA PREMIÈRE CAUSE DE MORTALITÉ PAR ACCIDENT DE LA VIE COURANTE CHEZ LES SENIORS ?

“1ère cause de mortalité accidentelle ! Pour une personne âgée qui ne sort pas souvent de chez elle, les dangers se situent davantage à domicile”

LA PRISE DE CONSCIENCE DE LA NÉCESSITÉ D’ADAPTER SON LOGEMENT EST SOUVENT TROP TARDIVE…

“Comme dans de nombreuses circonstances de la vie courante, il est fréquent de réagir à une situation à l’occasion d’un évènement négatif.
Idéalement, il serait opportun d’engager la démarche de prévention en amont du problème, sous réserve de la prise de conscience du danger
potentiel par la personne et son entourage.

Les mesures d’évolution du logement ne sont qu’un volet de la prévention des chutes; le maintien de la forme physique est un élément majeur à encourager pour que la personne garde ses compétences motrices et sensorielles, gage d’adéquation fonctionnelle à son environnement (activité physique et alimentation, maintien des capacités sensorielles : vue et audition).”

QUELLES SONT LES CONSÉQUENCES D’UNE CHUTE SUR LA SANTÉ ?

Physiques : “Principalement traumatiques (hématomes, plaies, fractures, hypothermie si station au sol prolongée en cas d’incapacité à se relever…) suivies de conséquences secondaires à l’immobilisation réparatrice (plâtre, chirurgie…) : douleurs, aggravation d’une pathologie articulaire antérieure, fonte musculaire, escarres, infections… voire dénutrition.”

Psychologiques : “Anxiété à la marche avec peur de tomber à nouveau, perte de confiance en soi, responsables d’une régression psychomotrice.
La réduction des sorties et la diminution des activités entraînent alors la personne vers la perte de son autonomie par déconditionnement progressif de ses capacités physiques.

Cette voie n’est pas systématique ! Elle peut n’être que temporaire, et, selon le contexte et les ressources de la personne et de son entourage, la récupération est possible.”

LE MORAL EST-IL ÉGALEMENT TOUCHÉ ?

“Oui…. la peur de ne plus “pouvoir”, ne plus “savoir faire”, entraîne parfois le renoncement, plutôt que la capacité à affronter le risque de ne pas y arriver.”

LES CONSÉQUENCES SUR LA VIE SOCIALE PEUVENT AUSSI ÊTRE IMPORTANTES ?

“Du fait de la limitation de la motricité, sans forcément de perte objective des capacités fonctionnelles, la diminution des sorties aboutit à une diminution des relations avec le monde extérieur ; les ponts avec l’entourage se coupent, et l’isolement peut s’installer progressivement.”

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